Percy Bysshe Shelley

 

 

 

Percy Bysshe Shelley,

Queen Mad : A philosophical poem, with notes,

From the original London edition,

New-York, Wright & Owen, 1831, p.51.

Traduction F. Rabbe*, modifiée par Enrique Utria.

 

Un égal au milieu d'égaux

...A présent,

Il ne tue plus l'agneau qui le regarde dans les yeux,

Ne dévore plus horriblement ses chairs mutilées,

Qui, vengeant encore la loi violée de la nature,

Enflammaient en son corps toutes les putrides humeurs,

Toutes les passions malignes, et toute vaine croyance,

Haine, désespoir et dégoût en son esprit,

Les germes de la misère, de la mort, de la maladie et du crime.

A présent les habitants ailés,

Qui dans les bois chantent leurs douces vies,

Ne fuient plus la forme de l'homme ; ils se réunissent

Autour de lui et lissent leurs plumes rayonnantes sur les mains

Que tendent de petits enfants dans un amical amusement

À ces partenaires sans peur de leur jeu.

Tout est vide de terreur : l'homme a perdu

Sa terrible prérogative et se trouve être

Un égal au milieu d'égaux : le bonheur

Et la science se font jour, bien que tardivement, sur la terre ;

La paix réconforte l'esprit, la santé restaure le corps ;

La maladie et le plaisir cessent maintenant de s’entremêler,

La raison et la passion cessent ici de combattre ;

Pendant que chacun, défait de ses chaînes, déploie sur la terre

Ses énergies irrésistibles, et brandit

Le sceptre d'un vaste empire ;

Tandis que toutes les formes et tous les modes de la matière prêtent

Leur force à l'omnipotence de l'esprit,

Qui de sa mine obscure tire le diamant de la vérité
Pour en décorer son paradis de paix. »

 

 


 

 

* Oeuvres poétiques complètes de Shelley, tr. par F. Rabbe, T. I, 2e éd., Paris, P.-V. Stock, 1907.

...no longer now,

He slays the lamb that looks him in the face,

And horribly devours his mangled flesh,

Which, still avenging nature's broken law,

Kindled all putrid humours in his frame,

All evil passions, and all vain belief,

Hatred, despair, and loathing in his mind,

The germs of misery, death, disease, and crime.

No longer now the winged habitants,

That in the woods their sweet lives sing away,

Flee from the form of man; but gather round,

And prune their sunny feathers on the hands

Which little children stretch in friendly sport

Towards these dreadless partners of their play.

All things are void of terror: man has lost

His terrible prerogative, and stands

An equal amidst equals: happiness

And science dawn though late, upon the earth;

Peace cheers the mind, health renovates the frame;

Disease and pleasure cease to mingle here,

Reason and passion cease to combat there;

Whilst each unfettered o'er the earth extends

Their all-subduing energies, and wield

The sceptre of a vast dominion there;

Whilst every shape and mode of matter lends

Its force to the omnipotence of mind,

Which from its dark mine drags the gem of truth
To decorate its paradise of peace.